Blog d'un Français vivant en Allemagne.
Aujourd'hui, dans ce blog, c'est revue littéraire...
Avant de partir sur les chemins de Compostelle, je viens de lire l'un des best-sellers des dix dernières années en Allemagne : "Ich bin dann mal weg". L'auteur et humoriste Hape Kerkeling (en réalité Hans-Peter Kerkeling) est parti de Saint-Jean-Pied-de-Port pour arriver jusqu'à Santiago de Compostela. En 2001 il a publié son journal de voyage vendu à plus de quatre millions d'exemplaires !
Au fil des jours sur le chemin espagnol, il nous raconte avec humour et insolence ses découvertes, ses rencontres et ses difficultés. Ce qu'il adore, c'est rapporter les discussions des pèlerins qu'il trouve décalées. Enfin bon, ce cher Hape, comme me disait un Allemand l'autre jour, c'est un "Weichei", c'est-à-dire une mauviette. C'est vrai que ce n'est pas un sportif de première ligne, qu'il n'a pas fait le trajet complètement à pied et qu'il dormait en hotel. Quand il dit "Wer zuerst kommt, pennt zuerst!" ("Qui arrive en premier, pionce en premier") à propos des refuges pour pèlerins, en fait il parle plus pour les autres que pour son cas... Mais enfin bon, il l'a quand même terminé le chemin !
Je me demande pourquoi je vous le présente, parce qu'en fait, vous le connaissez déjà, j'en ai déjà parlé dans mon blog...
Vous vous rappelez de cette personne ?
Eh bien, c'est la même. Vous comprenez pourquoi le livre a fait un tabac ! (de l'humour très très spécial quand même). Cliquez ici pour relire l'article.
Comme le livre n'est malheureusement pas encore disponible en français, je vous ai traduit en exclusivité deux extraits qui m'ont fait sourire.
Extrait 1 :
Kerkeling traverse les Pyrénées et il pleut énormément. Par chance, un pick up passe par là.
"Eh bien, où voulez-vous aller par ce temps de chien ?" me demande-t-on dans un dialecte français primitif.
"En haut !", dis-je, parce que le mot français pour sommet m'échappe. Avec un court geste d'invitation et un mot mâchonné, le paysan me fait entrer dans le véhicule. Sans enlever mon sac à dos, je m'assois à côté de l'homme en bleu de travail fumant une Gauloise et j'ai le nez qui colle presque sur le pare-brise. Je peux sentir plus distinctement la puanteur qui vient de derrière. Je me tourne et, de la benne, une gigantesque tête de bélier me bêle dessus. Un deuxième animal me présente son arrière-train sans état d'âme. Nous roulons à fond vers le sommet. [...]
La voiture zigzague rapidement vers le haut et comme sur commande le bélier bêlant est pris d'un malaise, accompagné de rejet vert. Bref, l'énorme mouton gerbe dans la benne à l'arrière. Comme si c'était une performance particulière, le campagnard ricane gaiement. Rien de plus original ne me vient à l'esprit que : "Il ne va pas bien ?"
Le fermier me rassure: "Il fait ça tout le temps ! Il n'aime pas trop la voiture ! Mais là, l'été arrive et ils doivent retourner en alpage et ça ne se fait qu'en voiture."
Si vous n'avez pas trouvé l'extrait drôle, c'est normal. Il faut juste s'imaginer le personnage dans la situation.
Extrait 2 :
Une jeune Américaine au visage cramoisi entre épuisée dans le local des pèlerins. Dans le groupe argentin on se réjouit de l'arrivée de la jeune fille et une des femmes se lève courageusement et va à sa rencontre. L'Américaine parle apparement un peu espagnol et l'Argentine s'en sort de son côté avec son anglais. La conversation qui s'en suit est un mix entre les deux langues mondiales. Bon et maintenant tout doucement !
L'Argentine carresse le ventre de l'Américaine et demande en anglais : "How is the baby?" - Comment va le bébé ?
L'Américaine est complètement confuse et demande : "Baby?" - Quel bébé ?
L'Argentine dit : "But you said to me in Spanish: Estoy embarazada!" - Mais tu m'as dit en espagnol que tu étais enceinte.
L'Américaine confirme en espagnol : "Si! He dicho: Estoy embarazada." - Oui, j'ai dit : je suis enceinte.
Alors l'Argentine quelque peu déconcertée demande en anglais pour être sûre : "So you are embarassed?" En fait, elle voulait dire en anglais : alors tu es enceinte ? En anglais "embarassed" signifie comme chacun sait embarassé, gêné.
Le visage de l'Américaine se crispe et comprend enfin: "Ah! I thought embarazada means embarassed!" - Ah, je pensais qu'embarazada signifiait embarassé !
Et l'Argentine comprend : ah, je pensais que enceinte signifiait enceinte ! Et l'Américaine passe complètement pour une idiote.
Agacées les deux se séparent et n'échangent plus un mot.
Autrement, j'ai un autre récit de voyage qui m'attend avant de partir. C'est celui d'Alix de Saint-André "En avant, route" qui je crois est d'un autre style. Un grand merci à Anne-Laure, Guillaume et Paul de P. qui me l'ont offert lors de leur visite à Cologne il y a deux semaines !!! Alix de Saint-André a marché trois fois sur les chemins. La troisième fois, c'était à partir de chez elle (Pays de la Loire). Le VRAI pélerinage, c'est quand on part de chez soi. Pour moi ce sera pour une autre fois. Mais effectivement, à partir de Cologne, le chemin est bel et bien balisé.
Alix de Saint-André.
A priori, ne comptez pas sur moi pour vous raconter en direct mon parcours. A la rigueur en rentrant, mais pas pendant ! Départ du Puy-en-Velay, arrivée prévue à Moissac. On se retrouve à la rentrée !
Ultreïa !